Il ne reste que des prénoms: Mike, Dave, Neil, Glenn, Greg….plus de visages, mais des sons, des sensations, peut être, il y a longtemps dans un certain décor, une certaine atmosphère, depuis longtemps oublies, dépassés, vieillis, ombres de passage d’un passé laissé de coté. Mais pour eux aussi je suis un fantôme, ils ont quitte leurs habits de jeunesse pour devenir sérieux, amoureux parfois, des essais de vie dite normale avec famille et travail, comme moi.
Avant on les voyait dans les cafés, les bars, maintenant on les rencontre par hasard sur facebook, drôle d’évolution, je préférais de loin ne pas être leur amie virtuelle, ne pas les connaître vraiment juste percevoir ces ombres familières rassurantes, mais physiquement, humainement présentes.
C’est étrange tout de même de suivre ce feuilleton de la vie qu’est la vie de ceux qu’on ne connaît pas vraiment mais pour les quels on éprouve une secrète tendresse pour avoir servi de décor a nos souvenirs de jeunesse, a des épisodes de notre vie.
Je suis toujours émue, étonnée et terriblement nostalgique d’un rencontrer un au hasard d’une journée, au détour d’une rue. Comme Tomas T. On ne se connaît pas, pas du tout, et pourtant il m’a accompagné presque partout lors des 15 ans de ma vie praguoise. Et comme un signe nous nous sommes pour la première fois serrés la main lorsque j’ai quitté Prague et mes ombres familières.
Pour moi Tomas T, c’est cette grande araignée bien maigre dans les couloirs de Famu, dans l’atmosphère enfumée et alcoolique de Chapeau Rouge, Jo’s bar ou encore Saint Nicholas. Mais aussi dans la rue, les trams, dans les bureaux de poste où j’ai passé des heures à faire la queue pour payer mes factures de gaz et d’électricité tous les mois. Revoir Tomas T. c’est revoir le passé, en vivant, en couleur, c’est se souvenir de détails, de sensations, de goûts, de gens, de moments oubliés. Tomas T., ou Mike, ou Glenn de Jo’s bar ou Zelezne Dvere sont mes petites madeleines à moi. Je revois Tomas T. dans le grand escalier de pierre de Famu, et je re-entends la fameuse petite musique de Famu comme disait Jean Christophe, bâtiment éternellement en travaux à l’époque, bruits de marteaux piqueurs, odeurs poudrées de ciment et de peinture, je ferme les yeux je monte les escaliers, il est la Tomas, il est toujours la dans mon souvenir, à coté du bureaux de la vratnice,la concierge cerbère, la blonde pas aimable pani Vokacova, qui me regardait à peine ou en soupirant, elle soupirait souvent pani Vokacova, pas facile de les mater tous ces étudiants pseudo artistes et vrais ados. Et je lis sur un papier scotché sur sa vitre qu’il est fortement déconseillé d’emmener son « milacek » en cours, milacek ? On peut le traduire par son chéri ? Cela me laisse dubitative, intriguée, encore aujourd’hui, même si je comprends qu’ils parlent de leurs toutous, je trouve ça très symbolique que le milacek puisse être votre chien ou votre copain, en fonction du contexte. Voila je revois Tomas T dans la rue et je me mets à réfléchir à la mentalité tchèque, à leur amour des chiens à leur détestation des chats. Et je me souviens de tas de choses inutiles qui me rendent heureuse. Et je me réjouie de me souvenir, et je suis triste aussi, juste comme ça pour le plaisir de l’être un peu. Parce que c’est fini, cela ne reviendra plus jamais, et que c’était bien d’avoir 20 ans a Prague en 1995.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire